*Une rencontre surréelle*

Voici un texte qui fut supprimé de mon livre. Je le partage avec vous car il raconte un moment que j'ai vécu avec beaucoup d'intensité, une sorte d'émerveillement, un sentiment que la vie était magique... J'avais alors 33 ans, et je me trouvais en pleine psychose.

Ce moment fut pour moi une des ces preuves que tout de mon monde délirant était vrai. Puisque les gens que j'avais rencontrés parlaient de vie spirituelle... Et parce qu'ils semblaient deviner mes tourments, et y répondre par l'amour.

Voici donc ce texte:

Peu de temps après notre rencontre – peut-être seulement 10 jours après - Michel me proposa d’aller faire du camping avec lui dans les Laurentides. Il ne m’en fallu pas plus pour faire une recherche dans la Bible, et comprendre que nous allions vivre la fête des tentes. J’avais beau lire, je ne comprenais pas vraiment de quoi il allait s’agir, mais j’étais prête à relever ce nouveau défi.

Nous sommes arrivés au camping le soir, et Michel peinait à monter une tente avant que la noirceur descende. Mon aide consistait à l’observer, bien assise dans la boîte du camion, et lui poser des questions sur le sens de cette cérémonie.

J’étais très faible, déjà, et je me souviens que ce qui primait, dans mes pensées, était cette impression que j’étais si laide, en dedans, comme un monstre, et cela me torturait.

Le lendemain de notre arrivée, nous sommes allés faire du pédalo. Michel pédalait presque seul, car je n’avais pas beaucoup de force. La douceur du lac, de cette nature paisible, me faisait grand bien. À notre retour vers la berge, nous devions longer une sorte d’embouchure, et là une jeune femme se baignait. Ce qui me frappa était qu’elle faisait de grands gestes des bras, avec des mimiques exagérément grimaçantes, et j’en conclus qu’elle voulait me représenter les « grimaces » que faisaient mes pensées, et le « monstre » que je croyais être.

Bientôt un homme plus âgé qu’elle vint la rejoindre, et les deux s’adressèrent à nous en disant :

« Nous vous voyons arriver depuis là-bas, tellement votre aura est grande. Vous avez l’air de vous aimer beaucoup… »

Nous avons attaché le pédalo sur le bord d’un quai, et avons continué la conversation debout.

La jeune femme me dit que j’étais belle, et je refusai ce qualificatif. Elle insista, me disant que je ressemblais à la Vierge Marie, ce qui me mit mal à l’aise, mais fut en même temps un baume.

Nous avions avec nous un appareil photo Polaroid. Michel proposa de prendre une photo du couple, et le couple prit une photo de nous. Nous gardâmes chacun la photo de nous-mêmes.

La jeune femme expliqua qu’elle était une chanteuse, et l’homme plus âgé était à la fois son amoureux et son agent. Michel lui demanda de nous chanter quelque chose, et elle entonna un chant très doux qui me semblait être de nature spirituelle. Elle nous invita à aller la voir en spectacle, dans une petite salle non loin de là.

Au moment de nous séparer, la jeune femme m’offrit un petit bouquet de fleurs sauvages, que je déposai sur la tablette du pédalo.

Je me sentais, après cet événement, un peu moins laide de l’intérieur. J'avais la sensation que je pouvais me reposer un peu, et la sensation qu'il existait même des fleurs, dans cette vie, pour moi, était réconfortante.

Il me reste de cette rencontre une photo de moi, mince, les cheveux longs, avec des jeans sur lesquels étaient brodés Mickey Mouse et Minnie Mouse, et à mes côtés, Michel. J’ai conservé quelque part la brochure du spectacle avec la photo imprimée de la jeune femme. La première fois que je suis tombée sur ces objets, en faisant du ménage, j’étais presque étonnée de constater que ce qui s’était passé était bel et bien réel. Lorsque j’y repense, aujourd’hui, cela m’apparaît étrange, surréel. Comment une telle rencontre a-t-elle pu avoir lieu au moment-même où je souffrais tant de me croire un monstre? Tout me semble étrange de cette rencontre, des paroles échangées, et pourtant, lorsque j’en discute avec Michel, il me parle de cet événement comme d’une rencontre ordinaire.

Elle ne le fut pas pour moi. Tant d’événements ont ainsi nourri mes délires, et il me fut difficile, après, d’en saisir le sens. Se réveiller d’un délire, c’est refaire le chemin du passé et tout ré-interpréter avec un nouveau code; celui de la réalité commune au plus grand nombre.

🌺

Renée

P.S. Ce qui me frappe de cette photo est qu'on n'y lit pas vraiment l'immense souffrance qui m'habitait... Mais si l'image était de meilleure qualité, on verrait sûrement, dans mes yeux, l'épuisement, la douleur... On verrait sans doute mieux que j'étais "ailleurs".