*Comment j'ai retrouvé mon énergie*

"L’eau est lourde à un jour de la source. 
La parcelle vermeille franchit ses lentes branches à ton front, 
dimension rassurée. 
Et moi semblable à toi, 
Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom, 
J’abats les vestiges, 
Atteint, sain de clarté."

C'est l'extrait d'un poème sur lequel j'étais tombée, spontanément, une nuit de délire...

Il y avait ces vers, qui m'avaient marquée: "Et moi semblable à toi, Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom".

J'étais sidérée, car voyez-vous, le nom du poète est... René Char.

Et j'avais lu la même nuit qu'il était décédé en 1988.

J'en avais conclu avec certitude qu'il m'avait laissé ce signe, au-delà du temps, pour me donner du courage, à moi, le petit ange déchu.

Aujourd'hui, cela me fait sourire...

Mais... Je rencontre quelquefois des personnes schizophrènes, et très souvent - presque toujours - je remarque dans leurs discours des vestiges de délires.

Une conversation avec une personne schizophrène, même stabilisée, ressemble parfois, pour moi, à un parcours durant lequel je tente de ramener le sujet de discussion à des éléments terre à terre. Non pas dans le but d'aider, mais simplement car je n'ai absolument aucun intérêt pour l'horoscope ou la lévitation. Pour savoir ce qui m'attend aujourd'hui, j'ai toujours deux ou trois plans à consulter en moi... Et aujourd'hui, c'est sur la terre que j'aime poser les pieds.

Il fut très difficile pour moi d'abandonner ces formes-pensées d'autrefois... Surtout que certains faits ressemblaient pour moi à des preuves... Comme par exemple le fait d'être tombée sur ce poème. Il m'a fallu même faire un effort herculéen pour tout rejeter d'un bloc... Mais lorsque je l'ai fait, mon énergie est montée de plusieurs crans.

Et j'étais disponible pour la vie!

Même si certaines théories ésotériques étaient vraies - c'est bien possible, qui le sait vraiment? - c'est ici et maintenant que je vis. Et non pas dans une vie passée, ou future, sur une autre planète, ou dans mon corps de lumière.

Lorsque je discute avec une personne qui me parle d'ésotérisme, aussitôt je ressens une forte impression de déconnexion, et puis surtout, j'ai cette impression très marquée que l'autre n'est "plus là"... Il n'est plus avec moi. Il fuit dans des mondes qui ne sont pas du moment présent.

Habiter l'instant tout à fait ordinaire, voilà ce qui fut pour moi la clé vers une énergie plus grande, et une capacité à dépasser la léthargie, les symptômes négatifs de la schizophrénie, comme la perte d'entregent, la perte des activités intellectuelles, ou la réduction des activités.

Lorsque je suis ICI, totalement, mon énergie est ICI aussi.

C'est bien attirant, ces mondes colorés, merveilleux... Tellement qu'il est souffrant, parfois, de les quitter.

La santé, un corps et un esprit qui retrouve toute son énergie, est pourtant la seule des visions qui tienne vraiment ses promesses. C'est une alliance avec soi-même. C'est un contrat qui inclut la joie d'être vivant, car malgré les difficultés, on a envie de s'épanouir et de faire une différence - pour soi-même et pour les autres.

Cet effort herculéen que j'ai fait pour tout rejeter d'un bloc, je l'ai fait sous la foi que rien de positif ne peut sortir d'un univers qui m'a tant fait souffrir, et que si Dieu existe, Il me trouvera bien. Il me trouvera dans les sourires, dans les regards, dans la nature, dans la joie d'écrire. Il me trouvera là où je suis: dans l'instant que j'habite, et dans le lieu simple et banal où je vis.

J'habite mon corps, ma maison, ma ville, mon pays. J'habite cet instant pendant lequel j'écris ce texte qui m'est cher.

Et je ne suis pas chaque jour remplie de bonheur, mais à chaque instant je suis *là*, et ça, c'est toujours une joie.

Renée