*Dépasser la peur, pour toucher l'espoir...*

Lorsqu’on a 9 ans, comme vous me voyez sur cette photo, on ne connaît pas beaucoup les enjeux de la vie. Si on m’avait dit, alors, qu’une personne schizophrène partageait avec moi le wagon du train, à Sea World, j’aurais eu peur, sans doute.

Imaginez si on m’avait dit que cette personne, c’était moi.

J’ai souvent cru que c’est en se renseignant sur la schizophrénie et sur la réalité de ces personnes que l’on perdait le sentiment de peur. Et puis j’ai lu il y a peu cet extrait de texte, dans les documents d’un cours universitaire :

« (…) ce n’est pas tant le fait de reconnaître que la maladie mentale est « une maladie comme les autres » ou qu’elle serait une affection du cerveau qui conduirait à l’acceptation sociale des personnes atteintes, que le fait de fréquenter ces personnes régulièrement. En d’autres mots, déresponsabiliser la personne de son état ne serait pas suffisant pour la rendre désirable socialement, si tant est qu’on la croit toujours violente, dangereuse et imprévisible (Roelandt, et coll., 2010). »

Lorsque j’ai écrit mon livre, j’y ai pensé, un peu : « Et si les gens avaient peur de moi? ». Mais cette crainte ne m’a pas arrêtée; je me sentais au service d’une cause plus grande que moi.

Plus tard, je me suis trouvée dans un groupe, et la personne qui organisait une retraite a demandé aux participants de partager leurs témoignages. N’ayant pas eu la chance de prendre le micro, j’ai décidé d’écrire à l’organisatrice, en lui parlant de ma maladie.

J’avais écrit un livre me dévoilant… Et j’étais devenue habituée de parler librement de cette maladie. Je ne m’attendais pas du tout à une réaction de peur.

Et pourtant, c’est ce qui s’est produit. Cette personne, lorsqu’elle m’a vue, s’est vite éloignée en chuchotant à son compagnon… Les deux personnes m’ont regardée… Et ces deux adultes ont réagi comme des enfants; ils ont ri en se sauvant de moi.

Ouvertement. Sans même faire l’effort de camoufler leur attitude de rejet.

Ensuite, l’organisatrice du groupe m’a retirée de ses amis sur Facebook, sans répondre à mon message.

Le sentiment de me sentir à part des autres, de m’être fait rejeter du groupe, m’avait sur le coup causé une douleur; cela ravivait tant de souvenirs d’enfance.

Et puis j’ai compris plus tard que cette personne avait eu peur de moi, car elle avait peur du mot « schizophrénie », et qu’elle ne me connaissait pas.

Rien ne justifie son attitude profondément immature, bien entendu, ni la stigmatisation qu’elle m’a fait vivre. Elle m’a causé une douleur en agissant de la sorte, mais elle m’a aussi permis de développer un nouveau muscle.

J’ai le choix, maintenant : ou je me tais à propos de mon état, et n’en parle qu’aux personnes qui me connaissent bien… Ou je prends le risque de voir naître la peur chez les inconnus.

Il serait sans doute sage et avisé de choisir la première option. Mais la plupart du temps, je choisis la deuxième; si j’ai envie de parler de ma maladie, et que je pense que cela peut m’enrichir ou enrichir l’autre, je le fais.

Ce n'est probablement pas une bonne idée pour tout le monde d'agir ainsi, mais moi j'éprouve l'élan de le faire.

Tout simplement parce que je sais que lorsqu’on me connaît, on n’a pas peur de moi. Que lorsque l’on connaît de très nombreuses personnes schizophrènes, on n’a pas peur d’elles. Et j’ai le désir de démontrer que l’on puisse être atteint de schizophrénie et vivre librement. Que c’est possible de vivre avec cette maladie et de la dépasser; de vivre, parmi les autres, une vie épanouissante. J’ai un désir profond de partager l’espoir d’un vrai rétablissement.

C’est, aujourd’hui, ce qui me tient le plus à cœur.

💙

Renée